Portrait de Yvon Le Moigne – Maire de Squiffiec et président du C.T
Toujours enthousiaste, Yvon Le Moigne a gardé intacte son envie de servir les autres. Maire de Squiffiec, Vice-président du Centre de Gestion, Président du Pays de Guingamp (PETR), il préfère le dialogue et l'ouverture d'esprit aux rapports de force. En ancien prof d'histoire, toujours méthodique et usant d'un langage fleuri, il nous a exposé ses motivations et sa vision du service public local.
. Qu’est-ce qui vous a amené à devenir élu local ?
Y.LM : Porté par un goût marqué pour l’engagement, mais aussi, forgé par mon éducation familiale et scolaire ouverte aux autres, j’ai toujours éprouvé le plaisir de servir, de partager, de rencontrer et d’échanger. Lorsque j'étais étudiant, je me suis investi dans des mouvements et des associations. Durant mes vacances d’été passées à Plestin-les-grèves, cercle celtique, permanences à l’office de tourisme, visites guidées du patrimoine local ou encore service à la salle de cinéma locale occupaient densément mes journées comme mes soirées. Je me suis ensuite installé à Squiffiec où je me suis investi dans le comité des fêtes, le club de football mais aussi dans l’association des parents d’élèves : Une réelle envie de participer au « bon vivre ensemble » et d’apporter ma petite pierre à la vie collective locale
Très impliqué dans la vie locale, en 1980, lors d’une élection municipale partielle suite au décès de notre maire, j'ai été sollicité pour me présenter au conseil municipal et j'ai été élu ! De la vie associative à la vie municipale, le pas à franchir est souvent court ! Je l’ai allègrement franchi ! Un itinéraire assez banal et classique finalement ! D’abord conseiller, j'ai alors pris pendant 9 années la mesure de la fonction élective et appris à connaitre les rouages de la chose publique, au service du bien commun. Bien armé, j'ai été élu Maire lors du scrutin de 1989. Réélu depuis sans discontinuité, je m’efforce, encore et toujours et avec le soutien de tous mes collègues, de remplir cette fonction avec dignité, efficacité, humanité et créativité.
. Quelle est votre vision du service public local et les projets importants à échéance deux-trois ans ?
Y.LM : « Service public local » : la formule, elle-même, affiche clairement une ambition : servir. Elle synthétise fort bien un enjeu : la proximité. Enfin, elle contient et exprime aussi cette spécificité qui identifie si noblement les valeurs de notre « Res Publica » : public et bien commun. Cette notion peut donc, pour moi, se décliner et se traduire ainsi : à l’échelle de proximité que sont les communes ou les intercommunalités et que sera, demain, la commune nouvelle, le « service public local » s’attache à répondre aux besoins et attentes des citoyens-usagers de toutes générations dans un esprit de solidarité, d’équité et d’impartialité, donc de laïcité et de parfaite neutralité. Il s’agit de satisfaire un besoin d’intérêt général. Concrètement, permettre à la collectivité d’offrir aux habitants d’un territoire bien identifié, les conditions d’un bien-être et d’une existence facilitée grâce à un réseau de services performants dans les domaines aussi variés que l’éducation, le social, la culture, l’administration ou encore l’environnement, au travers, par exemple, de la gestion publique de l’eau, de l’assainissement et des déchets.
Mais il est nécessaire d’étendre ce concept à la notion de « service AU public » qui, au plan local, intègre, notamment, le soutien à la vie associative comme garant de lien social, assure l’accompagnement des services marchands de première nécessité dans nos communes rurales ou encore, favorise la mobilité.
J’invite fréquemment mes collègues élus à quitter (momentanément !) le présent pour se projeter dans l’avenir. Ainsi, notre réflexion commune sur notre futur local à l’horizon des 2 ou 3 années à venir se focalise particulièrement sur 4 sujets : outre l’attention portée au maintien des multiples services « publics et AU public » aujourd’hui offerts à nos concitoyens, nous nous attacherons prioritairement à conduire une politique active en faveur de l’habitat et du logement en ouvrant un éco-quartier dès 2019, à valoriser le cœur du village en privilégiant les liaisons douces, à optimiser nos services marchands de première nécessité puis également, contexte oblige, à préparer avec nos voisins l’inéluctable évolution du paysage communal et institutionnel de 2030 ! Programme copieux et ambitieux que nous nous efforcerons, en équipe, de concrétiser au mieux pour conserver à notre commune sa vitalité et son potentiel attractif !
. Qu’attendez-vous d’un établissement ressources comme le Centre de Gestion ?
Y.LM : Le « service public local » n’est pas une virtualité mais c'est au contraire une réalité qui vit et se développe au travers de femmes et d’hommes investis dans des missions d’intérêt général. Les uns sont devenus, professionnellement, des fonctionnaires territoriaux. Les autres, venus d’horizons divers et variés, s'investissent dans des mandats électifs locaux. En quelque sorte, le « service public local » est bicéphale puisqu’il associe dans un même objectif des gens de métier et des volontaires engagés électivement !
A mes yeux, le Centre de Gestion s’inscrit au cœur de ce dispositif institutionnel et développe une triple mission. Avant tout, il suit la gestion et le déroulé de carrière des fonctionnaires de nos collectivités en les formant, les informant et les accompagnant tout au long de leur cursus professionnel, du recrutement à la cessation d’activités. C’est son cœur de métier qu’il assume avec professionnalisme auprès d’environ 11 000 agents costarmoricains !
Le Centre de Gestion se fait également un partenaire incontournable des élus locaux, de plus en plus confrontés à des subtilités juridiques parfois inextricables, à des contraintes normatives de plus en plus lourdes, à des stratégies managériales souvent complexes ou encore, malheureusement, à des contentieux pesants. Notre Centre de Gestion est riche d’un large potentiel d’experts toujours prêts à renseigner ou aider tout élu en quête de soutien ou d’un éclairage juridico-administratif. Il est, en cela, une précieuse ressource pour nous, élus locaux.
Troisième mission de notre établissement et pas des moindres ! Le Centre de Gestion, au travers des instances paritaires tels que le C.T ou le CHSCT, se fait aussi le lieu du dialogue social entre employeurs et agents. Ces instances sont un véritable lieu de débat et de dialogue entre leurs différentes composantes, ambitionnent de réguler au sein de nos collectivités les rapports entre employeurs et salariés. En Côtes d’Armor, nous le réussissons bien : Président du Comité Technique départemental*, je suis particulièrement satisfait du bon esprit qui préside à nos échanges comme de la qualité du travail qui y est réalisé grâce à l’implication responsable de tous ses membres et à la parfaite préparation des dossiers par le service Instances, carrières, retraite. Dans ce cadre, je me fais le médiateur, je suis à l'écoute des avis de chacun. Même si certains débats peuvent être vifs, notamment comme récemment sur la durée du temps de travail ou sur le nouveau régime indemnitaire, les décisions sont prononcées sans heurts et se fondent sur le fait majoritaire des membres.
Cette multifonctionnalité fait du Centre de Gestion, un maillon essentiel de l’organigramme qui structure la Fonction Publique Territoriale.
Enfin, j'ajouterai un dernier point : la relation humaine qui existe entre les membres du Conseil d'Administration est forte et franche, au delà des appartenances politiques. Nous sommes capables de débattre intelligemment des différents sujets posés, sans tension. C'est assez unique comme nature de relation, une noblesse très forte de ce que l'on peut trouver dans la gestion d'un service public. J'ai cette fierté de faire parti des instances du Centre de Gestion.
* Le Comité Technique départemental exerce sa compétence pour l’ensemble des collectivités et établissements publics employant moins de 50 agents. il est consulté sur les questions relatives à l'organisation et au fonctionnement des services des collectivités concernées.
Il est composé de manière paritaire d’un collège d’élus des collectivités et établissements publics employant moins de 50 agents et siégeant au C.A du Centre de Gestion et d’un collège de représentants du personnel élus après les élections professionnelles organisées tous les 4 ans.
. Avez-vous eu une expérience marquante avec les services du Centre de Gestion ?
Y.LM : Près de 25 années de présence au sein du Conseil d’Administration vous donnent l’occasion d’observer au plus près les évolutions de la « maison » et de vivre, directement ou indirectement, les expériences initiées dans l’établissement. Les sujets marquants à présenter ici seraient nombreux et divers, tant la « fourmilière » ou la « ruche » est en action prospective permanente.
Justement, ce qui m’a le plus marqué en un quart de siècle au sein de notre établissement, c’est sa propension à anticiper les besoins des collectivités et, donc, à créer des services nouveaux utiles aux agents comme aux communes et dont le temps a montré et montre toujours la pertinence. Est-ce donc un hasard si notre Centre de Gestion avant-gardiste est l’un des plus importants de France et l’une des références au plan national au regard de la qualité et de la densité des missions proposées ? Aux missions obligatoires se greffe ici un nombre conséquent de missions optionnelles opérationnelles : le service des emplois partagés et des missions temporaires, notre partenariat avec l’Université, la gestion des archives matérialisées et numériques, le service d’ergonomie et bientôt un assistanat social partagé, etc. Ainsi, c'est cette stratégie globale de développement prospectif mise en œuvre ici depuis 20 ans par les Présidents successifs, les C.A et les agents qui, aujourd’hui, me marque et me confirme dans ma conviction que le « service public local » est bien une réalité vivante, évolutive et assez souple pour s’adapter constamment aux évolutions du paysage territorial comme aux attentes des agents et des élus.
Sans nul doute, le nouveau paysage territorial qui se dessine et s’accélère va nous ouvrir de nouvelles perspectives pour la décennie à venir et nous imposer des adaptations aux changements attendus. Faisons confiance ! le Centre de Gestion saura y faire face !
. Pour conclure, à titre professionnel, avez-vous une citation ou une phrase préférée ?
Y.LM : "L'obstination est le chemin de la réussite". J'apprécie particulièrement cette pensée de Charlie Chaplin, non seulement pour le profil de l'auteur mais encore pour le message de détermination qu'il nous envoie. Frondeur et généreux, cet artiste a dénoncé avec force les travers et misères de notre société sans se départir de cette belle posture qu'est l'humour ! Et enfin ? N'est ce pas l'opiniatreté et la ténacité de nos élus locaux comme de nos agents qui conditionnent le devenir de nos collectivités territoriales ?












