Portrait de Jean-Yves Philippe – Maire de la commune de Saint-Connan et Président de la CCKB
Militant convaincu de son territoire rural, Jean-Yves Philippe, le Maire de Saint-Connan et président de la Communauté de communes du Kreiz-Breizh, est engagé en politique depuis de nombreuses années, ce qui n’a rien enlevé à sa pugnacité et à sa conviction. Il continue à défendre et valoriser le territoire du Centre Ouest Bretagne en créant des projets structurants toujours plus innovants. Retour sur son parcours.
. Qu’est-ce qui vous a amené à devenir élu local ?
J-Y.R : Après avoir fait des études d’architecture, je me suis dit qu’en tant qu’élu, je pourrai apporter une vision complète, technique et politique, de l’aménagement du territoire. J’étais déjà un militant rural lors de mes études et j’ai poursuivi dans cette voie. A 24 ans (en 1977), j’ai été élu à Saint-Connan et désigné comme adjoint. Puis, j’ai pris la tête de liste aux élections suivantes et je suis devenu Maire en 1983. En 2008, j’ai été élu Président de la Communauté de communes du Kreiz Breizh et mon mandat a été renouvelé en 2014. Ainsi pendant 40 années, j'ai concilié mes fonctions électives et mes activités professionnelles.
Le sujet de mon diplôme portait sur les problématiques de mutualisation de moyens dans les petites communes, en montant des projets structurants et en proposant des services innovants à la population. C’est ce que j’ai entrepris de mettre en œuvre concrètement dans mon secteur lors de mes mandats successifs.
Je suis passionné par mon territoire. J’aime les gens issus de ce terroir et d’une culture traditionnelle authentique, qui sont entrés aisément dans la modernité grâce à la force de leurs racines. Pour continuer à avancer aujourd’hui, il faut sortir de l’univers communal et faire exister ce territoire rural qu’est la CCKB (environ 19 500 habitants aujourd’hui) face aux autres grosses structures intercommunales. Dans notre secteur moins peuplé, l’organisation doit s’envisager sur un territoire plus vaste, à l’échelle du PETR (Pôle d'Equilibre Territorial et Rural) du Centre Ouest Bretagne (75 000 habitants) et dépasser les limites territoriales de nos communautés de communes. A cheval sur trois départements (22, 35 et 56), cette entité nous donne une autre visibilité et d’autres moyens d’actions. Nous mettons en place des projets et investissements, notamment sur des problématiques de mobilité et de transports, d’économie, de santé, d’énergie, etc.
. Quelle est votre vision du service public local et les projets importants à échéance deux-trois ans ?
J-Y.R : C’est d’abord le service à la population dans la commune : le guichet de la mairie. Même si les habitants peuvent trouver des informations par internet, il faut absolument conserver ce service et même le rendre plus accessible avec des temps d’ouverture adaptés et du personnel performant. C’est le premier niveau du Service public local. De son côté, la communauté de communes apporte des nouvelles solutions et des outils aux citoyens à une échelle plus vaste : la gestion des déchets, des équipements de qualité (par exemple une piscine), des services aux familles... Ensuite, il y a les services publics relevant de l’Etat mais beaucoup d’entre eux ont été concentrés en Préfecture, compliquant ainsi les démarches des habitants des territoires ruraux. Au niveau départemental, à l’inverse, la création des maisons du département a rapproché les aides aux personnes âgées, aux personnes handicapés, ... L’ensemble de ces services au public est fondamental. Et même si l’accès au numérique s’est généralisé permettant de réaliser de nombreuses procédures en ligne, c’est essentiel de garder ces liens directs.
Au niveau de la Région Bretagne, la CCKB est le seul territoire à rentrer dans les critères de l’hyper ruralité, tels qu’évoqués dans le rapport de 2014 du Sénateur Alain Bertrand qui proposait « des mesures nouvelles pour renforcer la mise en capacité des territoires hyper-ruraux, afin de leur donner la chance légitime d’être au service du développement national ». Il faut agir et se donner des moyens, sinon ce territoire va décliner. Ainsi, nous militons pour faciliter l’accès au haut débit à un coût modique. Nous souhaitons que la mise en 2 fois 2 voies de la RN164 devienne enfin une réalité après des décennies de retard. En plus de nous doter d’un outil de développement évident, cela permettrait de désengorger les autres axes routiers principaux. Il faut de la détermination et exercer une pression continue pour faire avancer les choses.
Un autre service public me tient beaucoup à cœur : l’école. C’est un élément fondamental de l’aménagement du territoire. Ainsi, le maillage des écoles permet de faire vivre nos territoires, d’y assurer un enseignement de proximité dans des structures plus petites, moins anonymes, de porter un regard plus proche sur l’enfant. C’est une bataille permanente pour sauver ces postes dans le cadre de la carte scolaire bien trop souvent axée sur les seuls effectifs.
Concernant les projets, je ne parlerai pas de Saint-Connan qui a créé en 2012 son espace structurant avec la CCKB : le Pôle de l’étang neuf et le musée de la résistance en Argoat. Les nouveaux projets intercommunaux concernent la création d’un futur centre de formations, l’Institut des jardins et du paysage de Bretagne au village Saint-Antoine à Lanrivain et d’un parc botanique avec des « jardins surprenants » dans la continuité du festival « Lieux Mouvants » organisé chaque été par l’association Dialogues avec la nature. Ce projet a démarré il y a deux ans et nous lancerons la consultation en avril prochain. Par ailleurs, à Kergrist-Moelou, nous allons développer un pôle de l’environnement avec l'association Cicindelle qui détient le label départemental de Maison de la nature autour des landes et tourbières. A partir des atouts naturels de ce territoire, ce projet élargira les activités autour de thématiques essentielles pour l'environnement. Nous travaillons avec le Conseil départemental 22 sur un vaste programme de valorisation du canal de Nantes à Brest dans sa partie Costarmoricaine : animation de trois maisons éclusières, développement des parcours vélos, fluviaux et piétons. Et nous avons encore bien d’autres projets que nous essayons de mener un peu partout sur le territoire de la CCBK.
Qu’attendez-vous d’un établissement ressources comme le Centre de Gestion ?
J-Y.R : Pour moi, la problématique fondamentale est celle du recrutement. Le Centre de Gestion est un très bel outil de mutualisation sur le département. Il est indispensable aux petites communes, pour suivre la carrière des agents et proposer du personnel compétent. Un travail important est à mener pour continuer à garantir du personnel qualifié de la même manière partout. Malheureusement, bien souvent, les meilleurs sont recrutés par les grosses entités, villes ou intercommunalités, qui leur offrent des conditions financières plus intéressantes. Il faudrait engager une politique volontariste de ressources humaines dans les territoires reculés. Le Centre de Gestion doit aider les petites communes afin qu’elles ne soient pas toujours soumises à ces problématiques de recrutement compliqué. L’exemple des agents de l’Education Nationale est pour moi intéressant. Quand les fonctionnaires ont leur concours, ils sont mutés et ne choisissent pas le lieu où ils vont travailler. Ainsi, la dernière institutrice nommée à Saint-Connan s’y est beaucoup plu et y est restée 8 ans. Cela faciliterait le recrutement dans nos Mairies de communes rurales...
Avez-vous eu une expérience marquante avec les services du Centre de Gestion ?
J-Y.R : J’ai eu diverses expériences avec le Centre de Gestion mais aucune n’a été particulièrement marquante. Le travail est fait et bien fait. Je le redis, le Centre de Gestion est un bel outil mutualisé et j’adhère totalement à l’intérêt de ses missions.
. Pour conclure, à titre professionnel, avez-vous une citation ou une phrase préférée ?
J-Y.R : Je citerai Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». Ces problématiques ne datent pas d’aujourd’hui, elles sont vraiment inhérentes au genre humain ! Cette phrase a été depuis récupérée par les parachutistes anglais du Special Air Service qui ont libéré les maquis bretons pendant la deuxième guerre mondiale. Leur devise était : « Who dares wins » que l’on peut traduire par « Qui ose gagne ».












